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7 août 2010 6 07 /08 /août /2010 15:50
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 À la veille du 160ème anniversaire de Guy de Maupassant, célébré le 5 août, on se rappelle de l'histoire. Ivan Tourgueniev est venu chez Lev Tolstoï avec "un présent", le livre français d'un normand Maupassant. L’hôte de Iasnaia Poliana a lu ses nouvelles mais a perdu l'intérêt ensuite... Mais les œuvres de Maupassant lui sont de nouveau tombées sous la main et plus tard Tolstoï "prêchait" Maupassant, en devenant son traducteur et éditeur en Russie. Et il a fait la préface du recueil des nouvelles.

Les écrivains russes respectaient Maupassant pour sa critique sociale, l'anti-bourgeoisie, l'amour envers les gens et le savoir de "pénétrer" leurs secrets. Avec le même tact et la même finesse parlera plus tard Anton Tchekhov des vices humains. Ivan Bounine, de paire avec Maupassant, dans ses Allées sombres, étudiera sans limites l'amour humain en dehors de l'âge ou de classe sociale, avec toute sa langueur érotique et sa tension intérieure. "Il était pratiquement le seul écrivain, croyant sincèrement que le sens de la vie réside dans la femme, dans l'amour...", disait Tolstoï de Maupassant.

Romantique dans la vie, Maupassant, dans ses 300 nouvelles, 6 romans, poèmes, essais, pièces et articles, était un homme sage, un connaisseur de la nature humaine. Et en même temps il continuait de croire en l'homme. Mais en se mettant à écrire sur l'amour il se trouvait déçu par lui. Rayonnant de par sa nature, il s'attristait et se mettait en colère à cause de l'hypocrisie et de la cruauté universelles. Il parlait dans ses romans (par exemple, Une vie et Bel ami) des jeunes gens et détestait leur cynisme. Vulnérabilité extrême, sensibilité et transparence de l'âme ont finalement conduit l'écrivain dans l’hôpital psychiatrique.

Et là, il a été attaqué par les journalistes. Malade, il a été persécuté pour  son érotisme, son mysticisme, son goût pour les "abîmes de la vie", oubliant que Maupassant était déjà pardonné par son talent littéraire.

Guy de Maupassant est "un peintre" littéraire de la France. Il y a dans ses nouvelles le parfum de sa Normandie natale, avec le trèfle, le vent marin et la fleur du pommier. C'est un impressionniste, peignant avec des traits fins sa toile remplie de riches couleurs et de lumière, et il est l'élève d'Ivan Tourgueniev qui lui a enseigné l'art du paysage littéraire.

Fils d'un noble en faillite, Maupassant sillonnait les environs avec les enfants des pêcheurs. Pour cette raison, ses nouvelles parlent de la romantique marine et de la Seine brumeuse, "pleine de mirages et d'immondices", de plaisanterie à la Rabelais et d'amour rural, de tavernes et de salons mondains, d'aventuriers (pratiquement comme ceux de Balzac) et de nouveaux riches des capitales lâches. Les contes de Maupassant sur les fêtards s'apparentent aux peintures d'Henry Toulouse-Lautrec avec son ironie charmante.

Ne parlons pas de Boule de suif ou de la guerre franco-prussienne, qui a obligé Maupassant de qualifier toute guerre de l’ "apanage des barbares". "La pucelle de Rouen", avec toute l'ambiguïté de son métier, a fini par être appréciée, le public russe d’avant-garde faisait l'éloge du message critique et humaniste de la nouvelle. Mais Maupassant ne serait pas convaincant sans être un maître, un "calligraphe" stylistique, décrivant avec la même finesse les vicaires, les aristocrates et les dames du demi-monde. Dans ce sens il est particulièrement "cinématographique", ses personnages sont visibles, tangibles et illustratifs. Leur description est "globale" et précise.

L’incomparable maîtrise stylistique de Maupassant n'est pas surprenante. Il a été l'élève du maître du style Flaubert, son compatriote. "Le grand Gustave", dans sa jeunesse, connaissait la mère de Maupassant et a même été l'élève de son frère, un poète décédé jeune. Flaubert instruisait Maupassant : il faut être "à la fois le désert, le voyageur et le chameau", autrement dit voir un objet sous tous les angles. Une vision aussi "pluraliste" de la réalité sera proche de l'attention chirurgicale d'Anton Tchekhov. Toutefois, et Maupassant et Tchekhov, en déterminant "la pathologie" des personnes et des événements, évitaient d'imposer "une thérapie", n'aimaient pas une didactique directe. Cependant, dans la prose de Maupassant on rencontre plus souvent les soupirs et les exclamations que dans les œuvres de Tchekhov plus flegmatique.

Tolstoï, quant à lui, a vu chez Maupassant des appréciations morales très nettes. Mais ces dernières apparaissent chez l'écrivain français dans "un cadre" très élaboré. Dans son éloge, le géant de la littérature russe a même élevé Maupassant à la hauteur du "patriarche" Victor Hugo (très apprécié par Tolstoï pour Les Misérables). Et le triumvirat, Flaubert, Maupassant et Mérimée, deviendra le plus apprécié des phénomènes français pour les écrivains russes contemporains.

Mais tout cela n'est que l'enveloppe extérieure de la gloire et de la perfection littéraire. Elle cache la sensibilité extrême de l'âme de Maupassant. C’est grâce à celle-ci qu’il écrivait des œuvres aussi émouvantes et à cause de celle-ci, également, il a rayé de sa vie tout ce qui n'était littérature, son seul amour.

Permettons-nous d'être un peu cynique : Maupassant prenait la créativité trop au sérieux et n'existait pas en dehors de celle-ci. Cela serait un non-sens de débattre sur les raisons de sa perte : fracture mentale, fatigue, fantasmes érotiques ou délire de persécution. La folie protégeait l'écrivain de la réalité mais ne lui permettait pas de vivre, c'est-à-dire d’écrire.

A l’âge de 43 ans, devenu "orphelin" sans son art, Maupassant est décédé. "Il est entré dans la littérature comme une météorite" et s'est très vite consumé. Mais trêve d'épitaphes. En fin de compte, c'est bien le sage Maupassant qui a dit : "La vie, voyez-vous, ça n'est jamais ni si bon ni si mauvais qu'on croit. "

 

 

 

 

Par Olga Sobolevskaïa, RIA Novosti

http://fr.rian.ru/

 

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