Un chemin obscur L'immensité d'un ciel bleu Un rayon d'espoir
Le Cœur magicien n'est pas le simple assemblage de deux voix : c'est un chant lyrique né de la symbiose absolue de deux âmes poétiques.
Au cœur de cette œuvre réside une trajectoire unique, où l'un, séparé de l'autre par l'abîme du trépas et du temps, a réussi malgré tout à s'unir à lui. De cette traversée naît une maïeutique nouvelle, un entrelacement sacré où deux pensées se fondent en une seule et même écriture.
C'est dans cet amalgame de mots et cette coalescence éblouissante que s'opère le miracle : la rencontre parfaite entre une infrastructure — l'architecture poétique transmise par le poète disparu et une structure — ma prose prophétique venue l'épouser et l'animer.
En passant de l'harmonie des cœurs à la complémentarité des formes, ce texte offre la preuve que la poésie abolit la finitude et que deux souffles, par-delà la mort, peuvent faire chœur depuis l'éternité.
Par la grâce d’une passerelle dressée au-dessus de l’abîme, nos âmes se sont jointes pour donner naissance à un triptyque exceptionnel. Au commencement est le poème de Philippe Goron, une monument poétique où chaque vers est une pierre porteuse. Du bout de mon âme, j’ai touché chaque pierre, l’une après l’autre, pour regarder, écouter, humer et goûter chacun de ses mots.
C’est ainsi, imprégné, que j’ai pu remanier son poème.
Kristen Chaman
Les antres en liesse des mécaniques célestes ignées,
Dans les dédales du temps et de l'infinité des mondes,
Ont réveillé en nous les douces mélancolies de l'été,
Afin d'assagir nos âmes moribondes en proie à l'immonde .
Je n'étais qu'un passager clandestin des temps de la faim,
Parcourant le monde magique de l'éternelle folie en furie,
Cherchant, dans les cités de fer des planètes sans fin,
Les couleurs du ciel illuminant les tempes des magiciens de la vie.
Je voyais dans les crevasses des espaces abscons,
Les difficultés en éveil des mondes en sommeil,
Sous les interstices des béatitudes célestes au diapason
Avec les guerres intestines des hommes perdus dans les veilles.
Le chacal des portes de l'occident, où l'ange de l'abîme
Flottait dans les fêlures des infâmes torpeurs de l'ennui,
Affamait les bouches avides d’espérance au-delà des cimes,
Et l'Empire avalait les moutures du vent dans l'en-vie.
La Poésie céleste des peintres de l'obscur, dans l'au-delà des vies,
Peignait sur la toile argentée des divinités de l’instant
Des ruisseaux amers plongeant dans les gouffres ravis,
Et l'excellence aristocratique se perdait dans les fers de l'antan.
Navigue ! Ô petit homme ! Navigue sous le boisseau de l'esclavage !
Navigue ! Dans les foisonnantes pages de tes destinées glabres !
Navigue ! Sur les eaux de la pestilence morne des ravages !
Navigue ! Ô oiseau de proie ! Dans les cieux de la soumission de marbre !
Navigue ! Ô petit homme ! Navigue sous la férule de tes maîtres en déguisement !
Que nous n'eussions point de peur seyait au seigneur de l'empois,
Et nos âmes infertiles crevassaient les lueurs du temps
Fermentant dans le divin râle des bestiales enflures de la foi,
Engendrant les haines immortelles des dentelles de diamant.
Le Poète armé de sa lyre de satin dans les couloirs symphoniques,
Dans un chant en pleurs plein d'espoir, plein du remous des êtres,
Au frontispice des douleurs éternelles des hommes faméliques,
Gueulait dans la forge des oublis sa haine contre les titans du paraître.
Les portes de l'occident affermies dans ses servitudes d'airain
S'ouvraient sur un monde incertain perclus de rancœurs,
S'enivraient de famines et de violences dans l'étau de l'étain,
Et les esclaves somnambuliques vaguaient dans leurs travaux de la peur.
Les portes de l'orient scintillaient de mille feux sous le joug du soleil,
Affalaient les gueux et les mendiants dans les sables ocre de l'enfer,
Guerroyaient dans l'ombre des colonnes armées sous la treille,
Tuaient les passants insomniaques de la vie en jachère.
Ô ! Terrible et magnifique monde de l'oubli !
Ô ! Homme de peu de foi tuant les instants de bonheur !
Ô ! Femme enivrant les peaux satinées des amants !
Ô ! Temps obscurs du progrès aliénant !
Moi, le non-moi, dans le moi des surmoi au cœur des mois,
Je peins la trame de vos vies au fil de ces pages incarnates,
Traçant la courbure arc-en-ciel et le trait noir de vos émois,
Multipliant les métaphores de l'absurde où dans la fièvre vous criâtes.
Les portes de l'occident consomment le temps et l'argent des indigents,
Et aux confins des déserts bleus de la faim éternelle,
Les hommes vêtus de bronze se meurent dans les sables mouvants
Des catacombes de l'occident en proie aux délires d'une guerre gestionnaire démentielle.
VANITAS VANITATUM ET OMNIA VANITAS
Philippe Goron, poète lunaire à la devise : L’amour est la valeur suprême.
LE CŒUR MAGICIEN
1.
Les antres en liesse des mécaniques célestes ignées,
Nos solitudes se sont terrées dans de nouvelles cavernes dorées, des antres artificiels où l'écran, le réseau et la machine meublent joyeusement l'abrutissement de nos jours. Dans cette liesse factice, le progrès technique s'est érigé en mécanique céleste, devenu la nouvelle religion d'un siècle déconnecté du vivant. Il déverse sa lumière ignée — un feu aveuglant qui prétend supplanter l'étincelle de Prométhée —, asphyxiant la chaleur des étreintes humaines sous l'illusion d'une illumination numérique.
2.
Dans les dédales du temps et de l'infinité des mondes,
Piégés par l'inflexible flèche du temps qui scelle notre fuite labyrinthique, nous courons à notre perte dans un dédale d'heures dont nul ne peut s'échapper. Cette course impuissante se dissout dans la vastitude insondable d'un univers aux limites inconnues, une infinité de mondes éparpillés où l'humain s'égare, écrasé par l'immensité du vide.
3.
Ont réveillé en nous les douces mélancolies de l'été,
Mais cette lueur frelatée exerce sur nos consciences une puissante hypnose. Enchaînés à notre dépendance au modernisme, nous nous laissons bercer par sa fausse chaleur estivale : un confort artificiel qui nous endort doucement, nous faisant confondre l'engourdissement de nos esprits avec la douceur d'un été désormais perdu.
4.
Afin d'assagir nos âmes moribondes en proie à l'immonde .
C'est pour assagir toute velléité de révolte que le système nous administre ses calmants technologiques. En monopolisant les esprits, ce modernisme triomphant conduit nos âmes moribondes vers une lente agonie, les abandonnant sans défense et privées de volonté face à l'immonde — le destin autodestructeur d'un humanisme qui dévore ses propres fondations.
5.
Je n'étais qu'un passager clandestin des temps de la faim,
Face à ce vide, je ne suis moi-même qu'un simple mortel, un passager clandestin glissé sans bruit dans les cales du siècle. Sans notoriété ni prétention, je traverse ces temps de disette spirituelle où la tyrannie du modernisme détourne nos esprits, nous déshumanise et dépouille l'âme de ses émotions les plus véritables.
6.
Parcourant le monde magique de l'éternelle folie en furie,
Habitant cet univers énigmatique, j'arpente la toile céleste insondable où s'immortalise le règne du chaos. Au cœur de cette immensité, l'éternelle folie s'est déchaînée en furie, déployant ses batailles titanesques dans un théâtre de fureur où l'ordre s'efface.
7.
Cherchant, dans les cités de fer des planètes sans fin,
Je cherche encore, explorant ces cités de fer — ces exoplanètes lointaines que l'homme aspire tant à rejoindre dans l'espoir d'y bâtir un nouveau commencement. Mais cette quête n'est qu'une fuite éperdue : sur Terre, la vie touche désormais à l'apogée de sa crevasse, un gouffre sans fond au bord duquel l'humanité entière s'apprête à être engloutie.
8.
Les couleurs du ciel illuminant les tempes des magiciens de la vie.
Ce sont les couleurs du ciel, captées par l'analyse des spectres et des lumières lointaines, qui viennent illuminer les tempes de nos astronomes — ces magiciens de la vie. En déchiffrant le firmament, leurs cerveaux se laissent gagner par la fascination : ils croient déceler les traces du vivant partout ailleurs dans l'espace, obstinés à fantasmer une herbe plus verte sur des rivages cosmologiques lointains.
9.
Je voyais dans les crevasses des espaces abscons,
Témoin silencieux de ce grand vertige, je voyais dans les crevasses de ces espaces abscons autant de pièges où l'âme, éperdument, se dérobe pour chercher refuge dans la profondeur insondable des inconscients.
10.
Les difficultés en éveil des mondes en sommeil,
Dans cet éveil si difficile, la conscience subit les assauts répétés d'un double inconscient léthargique. Sous la pression extrême que le modernisme exerce sur nos esprits, ces mondes en sommeil sortent de leur torpeur dans la souffrance, révélant la fracture intime d'une pensée écartelée entre l'engourdissement imposé et la clarté retrouvée.
11.
Sous les interstices des béatitudes célestes au diapason
Glissées sous les interstices de la trame, les connexions lumineuses de nos réseaux neuronaux s'érigent en nouvelles béatitudes célestes. Elles convergent toutes au diapason, accordant les esprits dans une même résonance artificielle pour parfaire leur captation.
12.
Avec les guerres intestines des hommes perdus dans les veilles.
Ces réseaux s'accompagnent des guerres intestines menées par des hommes perdus, récurrence d'un ancrage instinctif ressurgi du fin fond diffus des âges farouches. Égarés dans leurs veilles, ils habitent l'intranquillité et la suspicion, rongés par la peur obsessionnelle de l'étranger et la hantise de disparaître.
13.
Le chacal des portes de l'occident, où l'ange de l'abîme
C'est là que rôde le chacal aux portes de l'Occident : ce capitalisme prédateur qui s'infiltre au cœur même des nations développées. Il s'avance sous les traits de l'ange de l'abîme, brandissant un miroir hypnotique pour mieux dissimuler son véritable visage — celui d'un pillage méthodique et insatiable.
14.
Flottait dans les fêlures des infâmes torpeurs de l'ennui,
Ce mal insidieux s'investissait à travers nos vices, explorant chaque fêlure de notre être. Il menait l'âme vers une indifférence crasse, la plongeant dans les infâmes torpeurs d'un ennui profond, fruit direct de son propre désœuvrement.
15.
Affamait les bouches avides d’espérance au-delà des cimes,
Il privait nos âmes gourmandes de tout réconfort et de toute liberté, dressant haut le mur infranchissable d’une pensée anorexique.
16.
Et l'Empire avalait les moutures du vent dans l'en-vie.
Pendant ce temps, l'Empire du capitalisme mondial et des multinationales s'accaparait sans merci les ressources énergétiques de la planète — ces moutures du vent. Il dévorait tout ici-bas, dans cet « en-vie » originel où la Vie naquit, à l'opposé même de tout au-delà.
17.
La Poésie céleste des peintres de l'obscur, dans l'au-delà des vies,
Face à cette emprise, la Poésie céleste s'érige comme le Dieu véritable du poète, lui faisant discerner le suprême dans chaque parcelle du réel. Tels des peintres de l'obscur, ces créateurs puisent leurs vérités dans la profondeur insondable des rêves et de l'inconscient. Leur écriture s'inscrit ainsi dans l'au-delà des vies, là où le poète entre en résonance avec la leçon des anciens — soit pour en sceller la mémoire, soit pour l'anéantir à jamais.
18.
Peignait sur la toile argentée des divinités de l’instant
Cette création peignait ainsi, sculptant des images faites de matière sur la toile argentée du présent — cet espace intermédiaire situé entre le bronze du passé et l'or du futur. Elle y révélait les divinités de l'instant, orchestrant l'enchaînement des causes et des effets sous la loi d'un temps irrémédiablement entropique
19.
Des ruisseaux amers plongeant dans les gouffres ravis,
Chaque poème devenait ainsi un ruisseau amer, empreint de cette prescience lucide qui permet au poète de devancer son époque et de percer l'avenir. Chassée de la surface de la conscience humaine, cette parole rejetée plongeait sans retour dans les gouffres de la mort, de l'oubli, du déni et de l'indifférence — des abîmes ravis d'engloutir la vérité pour la livrer aux caprices d'un imprévisible destin.
20.
Et l'excellence aristocratique se perdait dans les fers de l'antan.
C'est ainsi que l'excellence aristocratique — ce sentier tracé par les décideurs comme une voie unique modélisée à leur seule image — s'égarait dramatiquement. Elle se perdait sur le chemin controversé des traditions et des dogmes, enchaînée aux fers d'une vision ancienne où la croyance et la superstition régnaient en maîtres absolus, recouvrant l'âme des hommes libres d'un brouillard épais et opaque.
21.
Navigue ! Ô petit homme ! Navigue sous le boisseau de l'esclavage !
Alors navigue, ô petit homme ! Poursuis ce voyage incertain de mortel assujetti à une mort en suspens, toi dont la vanité se berce de la certitude d'un destin supérieur aux autres espèces. Navigue sous le sombre joug de cet esclavage moderne, né d'avoir troqué ta liberté contre un simulacre de sécurité, jusqu'à damner ton âme dans la servitude institutionnelle façonnée par les décideurs.
22.
Navigue ! Dans les foisonnantes pages de tes destinées glabres !
Navigue encore à travers les foisonnantes pages de tes destinées glabres, poursuivant ce voyage incertain au milieu de la pléthore d'idées qui traversent ton âme entachée d'illusions éthérées.
23.
Navigue ! Sur les eaux de la pestilence morne des ravages !
Navigue enfin ! Tel un simple fétu ballotté par les vagues d'un flux méphitique et exécrable, sur les eaux d'une pestilence morne où s'enchaînent des causes aux effets désormais irréversibles.
24.
Navigue ! Ô oiseau de proie ! Dans les cieux de la soumission de marbre !
Navigue encore, ô toi qui te rêves oiseau de proie dans l'illusion de ta pensée conditionnée ! Poursuis ce voyage incertain à travers les méandres du quotidien, sous le règne d'une soumission de marbre — cette servitude volontaire, fruit d'une tragique épigenèse, qui façonne patiemment le dernier des hommes.
25.
Navigue ! Ô petit homme ! Navigue sous la férule de tes maîtres en déguisement !
Alors navigue encore, ô petit homme ! Poursuis ce voyage incertain de mortel assujetti à une mort en suspens, toi qui t'aveugles dans la vanité d'un destin supérieur aux autres espèces. Navigue sous l'autoritarisme du monstre froid, pliant sous la férule de tes maîtres en déguisement — ces décideurs arborant l'habit des mâles alpha comme pardessus dédaigneux pour se prémunir des intempéries du peuple.
26.
Que nous n'eussions point de peur seyait au seigneur de l'empois,
Que nous n'eussions point de peur — ne rebutant jamais devant les labeurs que la machine industrielle nous inflige, allant même jusqu'à les considérer comme une chance ou une récompense — convenait parfaitement à l'idéal du seigneur de l'empois : ce patronat rigide qui horodate et régit chaque étape de nos parcours de vie.
27.
Et nos âmes infertiles crevassaient les lueurs du temps
Ainsi, privées de toute vraie lumière, nos âmes infertiles s'égaraient, s'aveuglant en se détournant du réel. Elles crevassaient les lueurs du temps — ces astres éparpillés dans un azur impur, qui évoluent en silence sans même avoir la moindre idée de ce qu'est un homme.
28.
Fermentant dans le divin râle des bestiales enflures de la foi,
Elles fermentaient, stagnantes et croupissantes, dans le divin râle de cette promesse d'un au-delà — mauvaise alchimie d'une vie après la mort. Elles s'abîmaient ainsi sous le poids des bestiales enflures de la foi : ces inversions insensées du dogme qui maudissent la viscéralité et bénissent la cérébralité, rendant l'homme aveuglément fidèle à Dieu et sourdement hostile à la Vie.
29.
Engendrant les haines immortelles des dentelles de diamant.
Ce faisant, elles donnaient vie à des haines immortelles — choisissant d'alimenter ces rancœurs éternelles au lieu de vénérer les amours mortelles et éphémères du vivant. Elles se laissaient prendre au piège de ces dentelles de diamant : un miroir aux alouettes exhibant la douceur d'un gant de velours pour mieux dissimuler la poigne d'une main de fer.
30.
Le Poète armé de sa lyre de satin dans les couloirs symphoniques,
Mais que l'on ne s'y méprenne pas : l'arme du Poète, qui s'avance avec sa lyre de satin dans les couloirs symphoniques, est loin d'être inoffensive. Grâce au poids de ses mots et au choc de ses images, sa lyre agit sur les âmes comme Cupidon sur les cœurs, arpentant ces couloirs qui sont autant d'interstices du rêve.
31.
Dans un chant en pleurs plein d'espoir, plein du remous des êtres,
Il élève ainsi sa voix dans un chant en pleurs plein d'espoir — une complainte fadoesque où vibre la saudade. Ce chant résonne, plein du remous des êtres, car le poète, devenant lui-même le réceptacle des émotions de l'âme, est ainsi mené à comprendre intimement les hommes.
32.
Au frontispice des douleurs éternelles des hommes faméliques,
Il dresse ainsi son œuvre au frontispice des douleurs éternelles — là, à la porte même de la psyché où s'impriment toutes les cicatrices du vécu. Il s'adresse à ces hommes faméliques, ceux pour qui la Vie a perdu tout son sens et pour qui la Terre est devenue un enfer.
33.
Gueulait dans la forge des oublis sa haine contre les titans du paraître.
C'est là qu'il gueulait dans la forge des oublis — un cri intérieur d'une puissance inouïe, ressenti au plus profond de son être mais qu'il ne parvenait pas à répercuter dans le réel. Il y poussait sa haine, une détestation viscérale contre les titans du paraître : ces puissants maîtres de l'illusion qui jouent un jeu cynique dont nous ne sommes tous que les pions.
34.
Les portes de l'occident affermies dans ses servitudes d'airain
Face à eux se dressaient les portes de l'Occident — ce système tentaculaire d'un capitalisme galopant —, désormais affermies, confortées et consolidées dans leurs servitudes. Qu'elles soient économiques, technologiques ou institutionnelles, ces contraintes imposaient leur armature d'airain : une structure insensible qui change patiemment les hommes en simples humains termites.
35.
S'ouvraient sur un monde incertain perclus de rancœurs,
Ces portes s'ouvraient ainsi sur un monde incertain, affolant la boussole de nos destinées et nous menant sur des chemins peu sûrs. Là, les âmes s'immobilisaient, pétrifiées sous le poids trop lourd d'un empilement d'amertumes et de ressentiments.
36.
S'enivraient de famines et de violences dans l'étau de l'étain,
Elles se gargarisaient ainsi de famines et de violences, tirant une ivresse morbide du dépouillement du vivant et des dégâts infligés aux habitats naturels, retenues captives dans l'étau de l'étain — la mécanique sourde d'un broyeur industriel d'où sortent à foison les quincailleries de nos plaisirs éphémères.
37.
Et les esclaves somnambuliques vaguaient dans leurs travaux de la peur.
Et ces esclaves somnambuliques — aussi bien travailleurs asservis que consommateurs dociles — vaguaient dans leurs travaux de la peur. Métamorphosés en automates, pareils à des chiens conditionnés salivant au son d'une cloche qui annonce le dernier cri de la consommation, ils exécutaient leurs tâches quotidiennes sans plus jamais se soucier du pourquoi, accomplissant machinalement leurs labeurs sous la surveillance constante de leurs maîtres.
38.
Les portes de l'orient scintillaient de mille feux sous le joug du soleil,
À l'opposé, les portes de l'Orient scintillaient de mille feux : là-bas, nourries par l'apparat et le prestige des anciens savants, les âmes resplendissaient ardemment. Mais ce rayonnement demeurait sous le joug du soleil — scellant leur soumission totale à leur Dieu Allah, vénéré comme le soleil absolu de leur mort.
39.
Affalaient les gueux et les mendiants dans les sables ocre de l'enfer,
Sous ce soleil implacable, le pouvoir maltraitait et affalait les gueux et les mendiants — ces mécréants et non-croyants qu'il fallait asservir ou contraindre à la conversion. À l'exception des âmes rebelles qui se retrouvaient ainsi conduites de force vers le châtiment ultime : un abandon irréversible dans les sables ocre du désert, transformé en un véritable enfer sur Terre.
40.
Guerroyaient dans l'ombre des colonnes armées sous la treille,
Là-bas, ces forces guerroyaient sans relâche, cherchant à étendre leurs conversions aux quatre coins du monde. Elles œuvraient dans l'ombre, à l'abri des mosquées ou de tout autre lieu propice à la captation des âmes influençables. C'est là que s'avançaient de véritables colonnes armées : une myriade d'imams brandissant le Coran comme un glaive, instillant la crainte d'Allah au plus profond des esprits — une mort omniprésente, épée de Damoclès métamorphosée en faux pour s'emparer des âmes et les conduire devant le Jugement dernier. Mais toute cette mécanique s'opérait sous la treille, dissimulant l'endoctrinement sous les traits rassurants d'un berceau de feuilles, tel un nid douillet offert en leurre aux esprits éperdus.
41.
Tuaient les passants insomniaques de la vie en jachère.
Ces forces fanatiques assassinaient et massacraient sans pitié les passants insomniaques — ces noctambules qui s'adonnaient à des jeux interdits dans l'insouciance totale de la loi islamique. Aux yeux de ces djihadistes en herbe, cette vie en jachère n'était qu'une existence de débauche, une impiété infâme assimilée à la brande épaisse, aux ronces et aux plaisirs défendus, invoquée sans vergogne pour justifier leurs exécutions aveugles.
42.
Ô ! Terrible et magnifique monde de l'oubli !
C'est dans la profondeur insondable du rêve — ce royaume absolu de l'oubli — que le corps exulte enfin, délivré, face à une âme devenue muette et à un esprit désormais endormi. Ce théâtre de la chair se révèle terrible et magnifique tout à la fois, car c'est au cœur même du corps que tout se joue et se décide : oscillant sans cesse entre le meilleur par la voie de l'amélioration, et le pire dans l'engrenage de l'aggravement.
43.
Ô ! Homme de peu de foi tuant les instants de bonheur !
Ô homme de peu de foi — toi qui as perdu la confiance sacrée en la Vie et la capacité fondamentale de t'émerveiller ! C'est en les ignorant, en les fuyant et en les rejetant sans cesse que tu tues les véritables instants de bonheur. Tu détruis ainsi tous ces petits riens offerts ou reçus qui éclairent l'existence : un simple sourire, une main tendue, un baiser ou la chaleur d'un mot doux.
44.
Ô ! Femme enivrant les peaux satinées des amants !
Ô Femme dont la présence enivre la peau satinée des amants ! Tout comme l'eau obéit inévitablement à la pente qui la guide, je formule le vœu sacré que toute âme s'incline naturellement vers l'amour, et que chaque homme, ainsi touché au plus profond de son être par la grâce féminine, se laisse patiemment conduire vers les rivages de la douceur.
45.
Ô ! Temps obscurs du progrès aliénant !
Ô temps obscurs du progrès aliénant ! Nous voici entrés dans ce paradigme nouveau, dicté par des algorithmes omniscients qui orchestrent le bonheur illusoire de ceux qui ne savent rien. En nous dépouillant de toute souveraineté, ce progrès nous aliène irrémédiablement, nous réduisant à l'état de simples rouages isolés au sein d'une mécanique froide et insensible.
46.
Moi, le non-moi, dans le moi des surmoi au cœur des mois,
Moi — en tant que simple roseau pensant —, je porte en moi le non-moi : ce corps biologique qui s'impose comme le réel inconscient de mon être. Je demeure ainsi enfermé dans le moi des surmoi, ce roseau constamment soumis à la tempête des règles, des lois et des dogmes qui soufflent leurs vents contraires à la génétique interne que la Vie m'a donnée. Tout cela se joue au cœur des mois — au fil d'un temps inexorable où chacun de mes jours n'est plus qu'un sombre compte à rebours menant irrémédiablement vers ma nuit.
47.
Je peins la trame de vos vies au fil de ces pages incarnates,
Je peins ainsi — déposant sur la toile le grand labyrinthe de vos vécus au rythme de mes coups de pinceau — la trame complexe de vos destinées. Guidé par ce fil d'Ariane offert à l'humanité pour traverser ses dédales, je déroule ces pages incarnates où les écrits prennent véritablement chair pour vivre et revivre à chaque nouvelle lecture. Insidieusement, ces mots s'infiltrent dans la pensée du lecteur à son insu, y demeurant tapis pour attendre patiemment le moment précis de leur résurgence, lors de l'éclosion d'une nouvelle idée.
48.
Traçant la courbure arc-en-ciel et le trait noir de vos émois,
Je trace ainsi la courbure arc-en-ciel et le trait noir de vos émois, ré-observant sans relâche le spectre infini des couleurs et des douleurs qui composent l'éventail de vos ressentis et de vos chagrins.
49.
Multipliant les métaphores de l'absurde où dans la fièvre vous criâtes.
Je multiplie ainsi les images — à la manière dont on multiplie les pains —, en assemblant ces métaphores de l'absurde par des combinaisons audacieuses mariant le mot et l'image au détriment d'une réalité devenue totalement dénuée de sens. C'est dans cet état confus d'une âme errante que vous criâtes au cœur de la fièvre, lançant vos ultimes appels au secours dans l'espoir fragile d'une réconciliation.
50.
Les portes de l'occident consomment le temps et l'argent des indigents,
Ainsi, les portes de l'Occident — ce système tentaculaire d'un capitalisme galopant — s'enrichissent en monopolisant et en consommant le temps et l'argent des indigents. Elles engloutissent ces précieux moments de rêverie ou d'ennui et captent leur argent, régulant le pouvoir d'achat à travers des salaires calculés au plus juste : suffisamment pour nourrir la dépense, mais jamais assez pour que ces esprits faibles, incapables de sortir des sentiers battus, ne voient disparaître le fil à la patte qui les maintient asservis.
51.
Et aux confins des déserts bleus de la faim éternelle,
Et c'est ainsi qu'aux confins les plus reculés — aux fins fonds des quatre coins de la Terre —, par-delà l'horizon de tous ces déserts bleus où seules s'animent les vagues, l'homme se retrouve aux prises avec cette faim éternelle : un vertige insatiable qui rappelle la pensée de Victor Hugo, où l'être demeure ce puits sans fond où le vide toujours recommence.
52.
Les hommes vêtus de bronze se meurent dans les sables mouvants
C'est là que les hommes vêtus de bronze — ces puissants, ces décideurs et faiseurs de carcans — se meurent, n'échappant pas à la loi inextinguible de la mort. Ils s'enfoncent inexorablement dans les sables mouvants : car lorsque les âmes briseront leurs chaînes mentales, la dépendance au pouvoir cessera enfin, ouvrant sous les pieds de ces éhontés des trappes dont on ne ressort pas.
53.
Des catacombes de l'occident en proie aux délires d'une guerre gestionnaire démentielle.
Ces trappes conduisent directement aux catacombes de l'Occident — ce tombeau souterrain façonné par les dégâts irréversibles d'un pillage sauvage des couches sacrées de Gaïa, perpétré au moyen d'une industrie démesurée sous le règne du capitalisme des multinationales. Là où les cyanobactéries engendrèrent jadis la Grande Oxygénation, les hommes ont précipité la Grande Carbonisation. La civilisation se retrouve désormais en proie au brutal retour de bâton de sa folle quête de croissance infinie dans un monde fini, prise au piège d'une guerre gestionnaire démentielle : cette ère de l'Anthropocène où l'ordre établi et nos modes de vie s'effondrent conjointement, conduisant à la déchéance des esprits tout en permettant la libération des âmes, enfin unies vers un nouvel horizon.
54.
VANITAS VANITATUM ET OMNIA VANITAS
C'est ainsi que s'imprime le sceau ultime de notre condition : Vanitas vanitatum et omnia vanitas — vanité des vanités, tout n'est que vanité. Alors même que l'on prie à genoux dans la soumission des dogmes, la peur du néant ou la recherche d'une grâce illusoire, l'Homme s'obstine à avancer debout, drapé dans l'orgueilleuse illusion de sa propre puissance, sans voir que toutes ses conquêtes, ses guerres technocratiques et ses empires d'airain finiront par se dissoudre dans le silence insondable de l'Éternité.
UN CHANT LYRIQUE
Nos solitudes se sont terrées dans de nouvelles cavernes dorées, des antres artificiels où l'écran, le réseau et la machine meublent joyeusement l'abrutissement de nos jours. Dans cette liesse factice, le progrès technique s'est érigé en mécanique céleste, devenu la nouvelle religion d'un siècle déconnecté du vivant. Il déverse sa lumière ignée — un feu aveuglant qui prétend supplanter l'étincelle de Prométhée —, asphyxiant la chaleur des étreintes humaines sous l'illusion d'une illumination numérique.
Piégés par l'inflexible flèche du temps qui scelle notre fuite labyrinthique, nous courons à notre perte dans un dédale d'heures dont nul ne peut s'échapper. Cette course impuissante se dissout dans la vastitude insondable d'un univers aux limites inconnues, une infinité de mondes éparpillés où l'humain s'égare, écrasé par l'immensité du vide.
Mais cette lueur frelatée exerce sur nos consciences une puissante hypnose. Enchaînés à notre dépendance au modernisme, nous nous laissons bercer par sa fausse chaleur estivale : un confort artificiel qui nous endort doucement, nous faisant confondre l'engourdissement de nos esprits avec la douceur d'un été désormais perdu.
C'est pour assagir toute velléité de révolte que le système nous administre ses calmants technologiques. En monopolisant les esprits, ce modernisme triomphant conduit nos âmes moribondes vers une lente agonie, les abandonnant sans défense et privées de volonté face à l'immonde — le destin autodestructeur d'un humanisme qui dévore ses propres fondations.
Face à ce vide, je ne suis moi-même qu'un simple mortel, un passager clandestin glissé sans bruit dans les cales du siècle. Sans notoriété ni prétention, je traverse ces temps de disette spirituelle où la tyrannie du modernisme détourne nos esprits, nous déshumanise et dépouille l'âme de ses émotions les plus véritables.
Habitant cet univers énigmatique, j'arpente la toile céleste insondable où s'immortalise le règne du chaos. Au cœur de cette immensité, l'éternelle folie s'est déchaînée en furie, déployant ses batailles titanesques dans un théâtre de fureur où l'ordre s'efface.
Je cherche encore, explorant ces cités de fer — ces exoplanètes lointaines que l'homme aspire tant à rejoindre dans l'espoir d'y bâtir un nouveau commencement. Mais cette quête n'est qu'une fuite éperdue : sur Terre, la vie touche désormais à l'apogée de sa crevasse, un gouffre sans fond au bord duquel l'humanité entière s'apprête à être engloutie.
Ce sont les couleurs du ciel, captées par l'analyse des spectres et des lumières lointaines, qui viennent illuminer les tempes de nos astronomes — ces magiciens de la vie. En déchiffrant le firmament, leurs cerveaux se laissent gagner par la fascination : ils croient déceler les traces du vivant partout ailleurs dans l'espace, obstinés à fantasmer une herbe plus verte sur des rivages cosmologiques lointains.
Témoin silencieux de ce grand vertige, je voyais dans les crevasses de ces espaces abscons autant de pièges où l'âme, éperdument, se dérobe pour chercher refuge dans la profondeur insondable des inconscients.
Dans cet éveil si difficile, la conscience subit les assauts répétés d'un double inconscient léthargique. Sous la pression extrême que le modernisme exerce sur nos esprits, ces mondes en sommeil sortent de leur torpeur dans la souffrance, révélant la fracture intime d'une pensée écartelée entre l'engourdissement imposé et la clarté retrouvée.
Glissées sous les interstices de la trame, les connexions lumineuses de nos réseaux neuronaux s'érigent en nouvelles béatitudes célestes. Elles convergent toutes au diapason, accordant les esprits dans une même résonance artificielle pour parfaire leur captation.
Ces réseaux s'accompagnent des guerres intestines menées par des hommes perdus, récurrence d'un ancrage instinctif ressurgi du fin fond diffus des âges farouches. Égarés dans leurs veilles, ils habitent l'intranquillité et la suspicion, rongés par la peur obsessionnelle de l'étranger et la hantise de disparaître.
C'est là que rôde le chacal aux portes de l'Occident : ce capitalisme prédateur qui s'infiltre au cœur même des nations développées. Il s'avance sous les traits de l'ange de l'abîme, brandissant un miroir hypnotique pour mieux dissimuler son véritable visage — celui d'un pillage méthodique et insatiable.
Ce mal insidieux s'investissait à travers nos vices, explorant chaque fêlure de notre être. Il menait l'âme vers une indifférence crasse, la plongeant dans les infâmes torpeurs d'un ennui profond, fruit direct de son propre désœuvrement.
Il privait nos âmes gourmandes de tout réconfort et de toute liberté, dressant haut le mur infranchissable d’une pensée anorexique.
Pendant ce temps, l'Empire du capitalisme mondial et des multinationales s'accaparait sans merci les ressources énergétiques de la planète — ces moutures du vent. Il dévorait tout ici-bas, dans cet « en-vie » originel où la Vie naquit, à l'opposé même de tout au-delà.
Face à cette emprise, la Poésie céleste s'érige comme le Dieu véritable du poète, lui faisant discerner le suprême dans chaque parcelle du réel. Tels des peintres de l'obscur, ces créateurs puisent leurs vérités dans la profondeur insondable des rêves et de l'inconscient. Leur écriture s'inscrit ainsi dans l'au-delà des vies, là où le poète entre en résonance avec la leçon des anciens — soit pour en sceller la mémoire, soit pour l'anéantir à jamais.
Cette création peignait ainsi, sculptant des images faites de matière sur la toile argentée du présent — cet espace intermédiaire situé entre le bronze du passé et l'or du futur. Elle y révélait les divinités de l'instant, orchestrant l'enchaînement des causes et des effets sous la loi d'un temps irrémédiablement entropique.
Chaque poème devenait ainsi un ruisseau amer, empreint de cette prescience lucide qui permet au poète de devancer son époque et de percer l'avenir. Chassée de la surface de la conscience humaine, cette parole rejetée plongeait sans retour dans les gouffres de la mort, de l'oubli, du déni et de l'indifférence — des abîmes ravis d'engloutir la vérité pour la livrer aux caprices d'un imprévisible destin.
C'est ainsi que l'excellence aristocratique — ce sentier tracé par les décideurs comme une voie unique modélisée à leur seule image — s'égarait dramatiquement. Elle se perdait sur le chemin controversé des traditions et des dogmes, enchaînée aux fers d'une vision ancienne où la croyance et la superstition régnaient en maîtres absolus, recouvrant l'âme des hommes libres d'un brouillard épais et opaque.
Alors navigue, ô petit homme ! Poursuis ce voyage incertain de mortel assujetti à une mort en suspens, toi dont la vanité se berce de la certitude d'un destin supérieur aux autres espèces. Navigue sous le sombre joug de cet esclavage moderne, né d'avoir troqué ta liberté contre un simulacre de sécurité, jusqu'à damner ton âme dans la servitude institutionnelle façonnée par les décideurs.
Navigue encore à travers les foisonnantes pages de tes destinées glabres, poursuivant ce voyage incertain au milieu de la pléthore d'idées qui traversent ton âme entachée d'illusions éthérées.
Navigue enfin ! Tel un simple fétu ballotté par les vagues d'un flux méphitique et exécrable, sur les eaux d'une pestilence morne où s'enchaînent des causes aux effets désormais irréversibles.
Navigue encore, ô toi qui te rêves oiseau de proie dans l'illusion de ta pensée conditionnée ! Poursuis ce voyage incertain à travers les méandres du quotidien, sous le règne d'une soumission de marbre — cette servitude volontaire, fruit d'une tragique épigenèse, qui façonne patiemment le dernier des hommes.
Alors navigue encore, ô petit homme ! Poursuis ce voyage incertain de mortel assujetti à une mort en suspens, toi qui t'aveugles dans la vanité d'un destin supérieur aux autres espèces. Navigue sous l'autoritarisme du monstre froid, pliant sous la férule de tes maîtres en déguisement — ces décideurs arborant l'habit des mâles alpha comme pardessus dédaigneux pour se prémunir des intempéries du peuple.
Que nous n'eussions point de peur — ne rebutant jamais devant les labeurs que la machine industrielle nous inflige, allant même jusqu'à les considérer comme une chance ou une récompense — convenait parfaitement à l'idéal du seigneur de l'empois : ce patronat rigide qui horodate et régit chaque étape de nos parcours de vie.
Ainsi, privées de toute vraie lumière, nos âmes infertiles s'égaraient, s'aveuglant en se détournant du réel. Elles crevassaient les lueurs du temps — ces astres éparpillés dans un azur impur, qui évoluent en silence sans même avoir la moindre idée de ce qu'est un homme.
Elles fermentaient, stagnantes et croupissantes, dans le divin râle de cette promesse d'un au-delà — mauvaise alchimie d'une vie après la mort. Elles s'abîmaient ainsi sous le poids des bestiales enflures de la foi : ces inversions insensées du dogme qui maudissent la viscéralité et bénissent la cérébralité, rendant l'homme aveuglément fidèle à Dieu et sourdement hostile à la Vie.
Ce faisant, elles donnaient vie à des haines immortelles — choisissant d'alimenter ces rancœurs éternelles au lieu de vénérer les amours mortelles et éphémères du vivant. Elles se laissaient prendre au piège de ces dentelles de diamant : un miroir aux alouettes exhibant la douceur d'un gant de velours pour mieux dissimuler la poigne d'une main de fer.
Mais que l'on ne s'y méprenne pas : l'arme du Poète, qui s'avance avec sa lyre de satin dans les couloirs symphoniques, est loin d'être inoffensive. Grâce au poids de ses mots et au choc de ses images, sa lyre agit sur les âmes comme Cupidon sur les cœurs, arpentant ces couloirs qui sont autant d'interstices du rêve.
Il élève ainsi sa voix dans un chant en pleurs plein d'espoir — une complainte fadoesque où vibre la saudade. Ce chant résonne, plein du remous des êtres, car le poète, devenant lui-même le réceptacle des émotions de l'âme, est ainsi mené à comprendre intimement les hommes.
Il dresse ainsi son œuvre au frontispice des douleurs éternelles — là, à la porte même de la psyché où s'impriment toutes les cicatrices du vécu. Il s'adresse à ces hommes faméliques, ceux pour qui la Vie a perdu tout son sens et pour qui la Terre est devenue un enfer.
C'est là qu'il gueulait dans la forge des oublis — un cri intérieur d'une puissance inouïe, ressenti au plus profond de son être mais qu'il ne parvenait pas à répercuter dans le réel. Il y poussait sa haine, une détestation viscérale contre les titans du paraître : ces puissants maîtres de l'illusion qui jouent un jeu cynique dont nous ne sommes tous que les pions.
Face à eux se dressaient les portes de l'Occident — ce système tentaculaire d'un capitalisme galopant —, désormais affermies, confortées et consolidées dans leurs servitudes. Qu'elles soient économiques, technologiques ou institutionnelles, ces contraintes imposaient leur armature d'airain : une structure insensible qui change patiemment les hommes en simples humains termites.
Ces portes s'ouvraient ainsi sur un monde incertain, affolant la boussole de nos destinées et nous menant sur des chemins peu sûrs. Là, les âmes s'immobilisaient, pétrifiées sous le poids trop lourd d'un empilement d'amertumes et de ressentiments.
Elles se gargarisaient ainsi de famines et de violences, tirant une ivresse morbide du dépouillement du vivant et des dégâts infligés aux habitats naturels, retenues captives dans l'étau de l'étain — la mécanique sourde d'un broyeur industriel d'où sortent à foison les quincailleries de nos plaisirs éphémères.
Et ces esclaves somnambuliques — aussi bien travailleurs asservis que consommateurs dociles — vaguaient dans leurs travaux de la peur. Métamorphosés en automates, pareils à des chiens conditionnés salivant au son d'une cloche qui annonce le dernier cri de la consommation, ils exécutaient leurs tâches quotidiennes sans plus jamais se soucier du pourquoi, accomplissant machinalement leurs labeurs sous la surveillance constante de leurs maîtres.
À l'opposé, les portes de l'Orient scintillaient de mille feux : là-bas, nourries par l'apparat et le prestige des anciens savants, les âmes resplendissaient ardemment. Mais ce rayonnement demeurait sous le joug du soleil — scellant leur soumission totale à leur Dieu Allah, vénéré comme le soleil absolu de leur mort.
Sous ce soleil implacable, le pouvoir maltraitait et affalait les gueux et les mendiants — ces mécréants et non-croyants qu'il fallait asservir ou contraindre à la conversion. À l'exception des âmes rebelles qui se retrouvaient ainsi conduites de force vers le châtiment ultime : un abandon irréversible dans les sables ocre du désert, transformé en un véritable enfer sur Terre.
Là-bas, ces forces guerroyaient sans relâche, cherchant à étendre leurs conversions aux quatre coins du monde. Elles œuvraient dans l'ombre, à l'abri des mosquées ou de tout autre lieu propice à la captation des âmes influençables. C'est là que s'avançaient de véritables colonnes armées : une myriade d'imams brandissant le Coran comme un glaive, instillant la crainte d'Allah au plus profond des esprits — une mort omniprésente, épée de Damoclès métamorphosée en faux pour s'emparer des âmes et les conduire devant le Jugement dernier. Mais toute cette mécanique s'opérait sous la treille, dissimulant l'endoctrinement sous les traits rassurants d'un berceau de feuilles, tel un nid douillet offert en leurre aux esprits éperdus.
Ces forces fanatiques assassinaient et massacraient sans pitié les passants insomniaques — ces noctambules qui s'adonnaient à des jeux interdits dans l'insouciance totale de la loi islamique. Aux yeux de ces djihadistes en herbe, cette vie en jachère n'était qu'une existence de débauche, une impiété infâme assimilée à la brande épaisse, aux ronces et aux plaisirs défendus, invoquée sans vergogne pour justifier leurs exécutions aveugles.
C'est dans la profondeur insondable du rêve — ce royaume absolu de l'oubli — que le corps exulte enfin, délivré, face à une âme devenue muette et à un esprit désormais endormi. Ce théâtre de la chair se révèle terrible et magnifique tout à la fois, car c'est au cœur même du corps que tout se joue et se décide : oscillant sans cesse entre le meilleur par la voie de l'amélioration, et le pire dans l'engrenage de l'aggravement.
Ô homme de peu de foi — toi qui as perdu la confiance sacrée en la Vie et la capacité fondamentale de t'émerveiller ! C'est en les ignorant, en les fuyant et en les rejetant sans cesse que tu tues les véritables instants de bonheur. Tu détruis ainsi tous ces petits riens offerts ou reçus qui éclairent l'existence : un simple sourire, une main tendue, un baiser ou la chaleur d'un mot doux.
Ô Femme dont la présence enivre la peau satinée des amants ! Tout comme l'eau obéit inévitablement à la pente qui la guide, je formule le vœu sacré que toute âme s'incline naturellement vers l'amour, et que chaque homme, ainsi touché au plus profond de son être par la grâce féminine, se laisse patiemment conduire vers les rivages de la douceur.
Ô temps obscurs du progrès aliénant ! Nous voici entrés dans ce paradigme nouveau, dicté par des algorithmes omniscients qui orchestrent le bonheur illusoire de ceux qui ne savent rien. En nous dépouillant de toute souveraineté, ce progrès nous aliène irrémédiablement, nous réduisant à l'état de simples rouages isolés au sein d'une mécanique froide et insensible.
Moi — en tant que simple roseau pensant —, je porte en moi le non-moi : ce corps biologique qui s'impose comme le réel inconscient de mon être. Je demeure ainsi enfermé dans le moi des surmoi, ce roseau constamment soumis à la tempête des règles, des lois et des dogmes qui soufflent leurs vents contraires à la génétique interne que la Vie m'a donnée. Tout cela se joue au cœur des mois — au fil d'un temps inexorable où chacun de mes jours n'est plus qu'un sombre compte à rebours menant irrémédiablement vers ma nuit.
Je peins ainsi — déposant sur la toile le grand labyrinthe de vos vécus au rythme de mes coups de pinceau — la trame complexe de vos destinées. Guidé par ce fil d'Ariane offert à l'humanité pour traverser ses dédales, je déroule ces pages incarnates où les écrits prennent véritablement chair pour vivre et revivre à chaque nouvelle lecture. Insidieusement, ces mots s'infiltrent dans la pensée du lecteur à son insu, y demeurant tapis pour attendre patiemment le moment précis de leur résurgence, lors de l'éclosion d'une nouvelle idée.
Je trace ainsi la courbure arc-en-ciel et le trait noir de vos émois, ré-observant sans relâche le spectre infini des couleurs et des douleurs qui composent l'éventail de vos ressentis et de vos chagrins.
Je multiplie ainsi les images — à la manière dont on multiplie les pains —, en assemblant ces métaphores de l'absurde par des combinaisons audacieuses mariant le mot et l'image au détriment d'une réalité devenue totalement dénuée de sens. C'est dans cet état confus d'une âme errante que vous criâtes au cœur de la fièvre, lançant vos ultimes appels au secours dans l'espoir fragile d'une réconciliation.
Ainsi, les portes de l'Occident — ce système tentaculaire d'un capitalisme galopant — s'enrichissent en monopolisant et en consommant le temps et l'argent des indigents. Elles engloutissent ces précieux moments de rêverie ou d'ennui et captent leur argent, régulant le pouvoir d'achat à travers des salaires calculés au plus juste : suffisamment pour nourrir la dépense, mais jamais assez pour que ces esprits faibles, incapables de sortir des sentiers battus, ne voient disparaître le fil à la patte qui les maintient asservis.
Et c'est ainsi qu'aux confins les plus reculés — aux fins fonds des quatre coins de la Terre —, par-delà l'horizon de tous ces déserts bleus où seules s'animent les vagues, l'homme se retrouve aux prises avec cette faim éternelle : un vertige insatiable qui rappelle la pensée de Victor Hugo, où l'être demeure ce puits sans fond où le vide toujours recommence.
C'est là que les hommes vêtus de bronze — ces puissants, ces décideurs et faiseurs de carcans — se meurent, n'échappant pas à la loi inextinguible de la mort. Ils s'enfoncent inexorablement dans les sables mouvants : car lorsque les âmes briseront leurs chaînes mentales, la dépendance au pouvoir cessera enfin, ouvrant sous les pieds de ces éhontés des trappes dont on ne ressort pas.
Ces trappes conduisent directement aux catacombes de l'Occident — ce tombeau souterrain façonné par les dégâts irréversibles d'un pillage sauvage des couches sacrées de Gaïa, perpétré au moyen d'une industrie démesurée sous le règne du capitalisme des multinationales. Là où les cyanobactéries engendrèrent jadis la Grande Oxygénation, les hommes ont précipité la Grande Carbonisation. La civilisation se retrouve désormais en proie au brutal retour de bâton de sa folle quête de croissance infinie dans un monde fini, prise au piège d'une guerre gestionnaire démentielle : cette ère de l'Anthropocène où l'ordre établi et nos modes de vie s'effondrent conjointement, conduisant à la déchéance des esprits tout en permettant la libération des âmes, enfin unies vers un nouvel horizon.
C'est ainsi que s'imprime le sceau ultime de notre condition : Vanitas vanitatum et omnia vanitas — vanité des vanités, tout n'est que vanité. Alors même que l'on prie à genoux dans la soumission des dogmes, la peur du néant ou la recherche d'une grâce illusoire, l'Homme s'obstine à avancer debout, drapé dans l'orgueilleuse illusion de sa propre puissance, sans voir que toutes ses conquêtes, ses guerres technocratiques et ses empires d'airain finiront par se dissoudre dans le silence insondable de l'Éternité.
Kristen Chaman, poète rebelle à la devise : S’obéir avant d’obéir.