Un chemin obscur L'immensité d'un ciel bleu Un rayon d'espoir
Le but actuel de tout individu ou groupe est de faire de l’argent. Aujourd’hui, l’argent est devenu pour tous le sésame ouvrant la porte du bonheur, en fait : un nouveau Saint Graal ou une corne d’abondance. Cette course au bonheur n’est qu’une course aveugle menant au précipice. Quand je dis : « qu’elle mène au précipice », je ne parle pas de notre déclin personnel, ni de notre mort inéluctable, mais d’une chose, plus importante encore, qui est la sauvegarde de l’espèce.
En me remémorant la phrase de Nietzsche : « Mais qui donc les sauvera de leur Sauveur ?» : je conçois, maintenant, qu’il n’est même plus question de cela. Avons-nous besoin d’être sauvé de vivre ? Non ! Car la vie qui nous a été donnée est déjà notre délivrance ; seul l’inanimé est à sauver ; et c’est ce que la Vie entreprit. Priez Dieu ou l’Univers est et restera le signe de notre impuissance ; on cherche à s’élever, alors qu’il nous faut descendre ; et plus, nous descendrons en nous-mêmes ; plus, nous agirons ; plus, nous aimerons : « L’Amour tient de l’infime non de l’immense ». Ce qui est demandé à tous, c’est d’aimer la Vie, pas que sa propre vie mais tout le vivant. Certes, si l’homme n’était qu’une amibe, ce monde s’expliquerait ; mais n’être qu’une amibe quant on est un homme, n’est-ce pas le plus grand sacrilège que nous puissions faire à la Vie ? Car la Vie est sacrée ; sur cela, nul doute n’est possible.
L’Univers c’est de l’espace comme Dieu c’est du vide, seule la Vie est la mère des hommes ; avant même qu’une femme accouche c’est la Vie qui accouche. « Il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant » : s’il est une vérité c’est bien celle-là, celle du poète espagnol Antonio Machado. La Vie est une longue suite d’expériences ; mais encore, avec une volonté de conserver : une sorte de lien entre l’intelligence cellulaire et l’intelligence de l’être ; le gène enseigne le corps comme la mémoire renseigne l’esprit.
Ce qu’on nomme l’intelligence n’est en fait que la faculté à s’adapter : tout ce qui s’adapte fait preuve d’intelligence. Ainsi, il existe une intelligence cellulaire ; cela tend à dire que l’intelligence n’est pas que cérébrale. Ce constat atteste de la non-suprématie de l’esprit ; et en cela, il en pose ses limites.
On parle de vie et de mort comme d’un début et d’une fin, mais cette vision est-elle fondée ? Ce que j’entends par là, c’est que le concept de viabilité, en unissant les deux, entrevoit déjà la question autrement ; car en introduisant une notion de durée, il rejette toute notion de fatalité propre au finalisme. Ce qui signifie que vivre est une aptitude, et que contre toute moralité, vivre ne demande pas d’avoir de l’estime de soi mais du talent. Si je parle d’estime de soi, c’est sciemment, afin d’ouvrir les consciences sur son caractère impermanent. Notre belle cérébralité est aussi le plus trompeur des miroirs ; tandis que notre corps, lui, répond de la réalité qui l’entoure. Le corps présente et l’esprit se représente : l’effectif primant sur le mental.
Le rêve - la pensée incluse - est la seule réalité intrinsèque de l’esprit ; dans tous les autres cas de figure, il ne s’appartient pas en n’étant que l’outil du corps. Il est important de noter que cette réalité intrinsèque de l’esprit est intemporelle. Qu’une abstraction comme le rêve ou la pensée soit reconnue comme intemporelle, c’est déjà une avancée majeure vers un ailleurs possible, non pas un arrière-monde décrié par Nietzsche mais plutôt un monde hors du Temps, soit un monde idéel. L’insondable ; comment pourrions-nous sonder l’insondable ? Voilà la mauvaise question ! Deux mondes, à la fois juxtaposés et dissociés, ne peuvent se dévoiler l’un l’autre. Ce schéma en ressemblant prodigieusement à celui d’une femme enceinte suggère malgré tout une liaison entre eux comme un cordon ombilical. Cette liaison c’est la conscience ; elle est le lien avec cet ailleurs ; ce que Philippe Goron décrivait par : « l’Ame du Monde qui nous bâtit comme nous la bâtissons à chaque moment du présent de sa présence en nous. »
Le passage de l’inanimé à l’animé requiert nécessairement le recours d’une intelligence ; car il n’y a pas de Vie inintelligente sur terre comme partout ailleurs dans l’Univers. La Vie est une intelligence avant toute chose ; on peut, par là-même, rapprocher l’origine de la Vie à celle du rêve. Cette analogie avec le rêve définirait la Vie comme étant la seule réalité intrinsèque de l’Univers ; ce raisonnement plaide qu’un Univers privé de Vies serait tout aussi absurde qu’un esprit privé de rêves. Quand je remets en cause le finalisme ce n’est aucunement en faveur du mécanisme ; ni fatalité ; ni hasard ne commandent dans l’Univers, seul le déroulement du Temps est. Ce déroulement est à la création de l’Univers ou plus précisément à la création de tout ce qu’il contient. La Vie est donc aussi le fruit du déroulement du Temps. Comme apport scientifique à mes dires, et pour conclure, je propose l’expérience suivante :
Mettons de l’huile et de l’eau à quantité égale dans une dizaine de récipients fermés hermétiquement ; puis plaçons-les dans des centrifugeuses. Tous les deux ans, arrêtons une centrifugeuse afin d’analyser le contenu d’eau et d’huile et vérifions si les deux substances liquides sont toujours non miscibles. Je reste persuadé qu’au bout des vingt ans, l’expérience dévoilera que l’huile et l’eau seront devenues un mélange homogène.
Ce qui est d’aujourd’hui n’est pas pour demain…
Bien à vous…
L’éclaireur du Temps